Nº1・Février 2021

EDITO

Cette revue naît du sentiment partagé d’un besoin d’air et d’oxygène, d’une parenthèse pour soulager l’anxiété du présent, de ralentir le rythme des obligations quotidiennes pour se donner un temps d’arrêt. 

Dans les rencontres avec les artistes et leurs projets, nous trouvons un espace de pause nécessaire pour habiter le présent en ralenti, dans un temps d’arrêt qui nous passionne et donne de la profondeur à notre activité et du sens à nos vies agitées. C’est pourquoi nous voulons vous inviter à faire une pause le temps d’un café, d’une clope, d’un moment de détente, et à rentrer dans la parenthèse de chaque projet.

Dans ce premier numéro les sculptures molles L’Oreille et Autoportrait en wakouwa d’Anaïs Ang sont suivies d’un ensemble de projets de Gabriel Moraes Aquino liés à la notion d’abri et d’errance. 

Finissez cette PAUSE avec le poème multilingue Pas maintenant but here de Kobas Verschuren.

À bientôt pour le deuxième numéro.

 

Ananay & Anastasia

Ce qui protège de la chute permet de rebondir ou de se soustraire.

Anaïs Ang sait travailler le latex, l’élastomère et d’autres matériaux souples. Ses gommes élastiques fléchissent, se tordent et adoptent des formes elles aussi souples et mouvantes dans une dimension qui se rapproche du signe, du bruit avant le mot, dans un lieu archaïque à la lisière de la parole.

L’Oreille est un ensemble de pièces qui insinuent une métamorphose. Un manteau en feutre et latex teinté en noir accroché au mur est accompagné d’un deuxième manteau de forme identique, cette fois plié. Ensuite (ou avant), deux essaims de chambres à air cousues composent des ovales auriformes.
Protectrice comme un manteau, l’oreille est un organe récepteur de sons, de bruits, de mots, de sens et de non-sens. Ces ovales rappellent ici les énormes oreilles-monstres de Jérôme Bosch et le labyrinthe qui ouvre aux tentations l’accès au corps et à l’esprit. La première oreille donne forme à la suivante par un moulage en élastomère.

Un manteau se transforme en oreille tel un reptile sans ossature qui se replie sur lui-même et se reproduit ensuite par parthénogenèse, par moulage.

On avance à l’aveugle dans le noir des objets accrochés au mur qui rappellent aussi chaque lettre d’un alphabet de signes nouveaux — ou très anciens et presque oubliés. Le corps humain, composé en grande partie de tissus souples, s’identifie sans difficulté aux textures flexibles ou cartilagineuses qui font appel au toucher. Face aux œuvres d’Anaïs Ang, on se situe souvent au seuil, au passage ou dans le glissement d’un sens vers un autre, d’un état de la matière vers un autre, d’un accessoire vestimentaire chargé de références à l’histoire de l’art vers un organe du corps humain, de la métaphore à la métamorphose.

Autoportrait en wakouwa* (2018) est une sculpture articulée en pâte polymère. Note d’intention ou manifeste, cette œuvre apparaît aussi comme un pont entre les sculptures et les performances de l’artiste où des objets accompagnés de sons et des vidéos sont activés. Par ailleurs, une prolifération de citations et références scientifiques, artistiques et philosophiques accompagnent son travail : de Giotto à Joyce, de Jérôme Bosch à Brecht, de Freud à Schilder, d’Eva Hesse à Joseph Kosuth à Henrik Olesen on nage dans un océan hors du temps. 

* Créé en 1932 par le Suisse Walther Kourt Walss, un wakouwa est un jouet composé d’un socle et d’un bouton-poussoir avec un ressort et une figurine qui se désarticule si l’on presse le bouton.

Le travail d’Anaïs Ang invite à une réflexion aujourd’hui nécessaire sur l’importance des systèmes souples, sur la nécessité de donner forme à une résistance dialectique à l’intérieur de laquelle ce qui protège de la chute permet de rebondir ou de se soustraire. Ses œuvres semblent à la fois le témoin et l’invitation à un voyage aux profondeurs du corps pour y renouveler les formes de l’esprit. Un voyage qui rend floues les dichotomies et les tensions entre le mot et l’objet.

 

 

Pour Gabriel Moraes Aquino, l’art fait partie de son être et de ses errances.

Le voyage à l’intérieur de soi est important pour Gabriel Moraes Aquino. Ses œuvres déploient pas à pas une réflexion sur le corps, sur notre manière d’être, d’apprendre et lire, sur le socium et enfin sur le monde dans toute la diversité de cultures qui s’entrelacent. Son geste très pointu et parfois fuyant se déploie dans les séries d’actions, de photos, de sculptures et de vidéos, comme un moyen de provoquer un débat, une discussion collective. 

Pour Gabriel Moraes Aquino, l’art fait partie de son être et de ses errances. Dans sa vie comme dans sa pratique artistique rythmée par des séjours dans plusieurs pays : Brésil, Chine, Angleterre, France, Portugal, Japon il cherche à s’imprégner de l’environnement et des indices sociaux en se fondant entièrement dans le lieu où il se trouve. Sa volonté de presque digérer la culture des autres, qui se manifeste à travers sa parole et son attitude, s’apparente de loin au Manifeste anthropophage de Oswald de Andrade. De Andrade employait la métaphore d’anthropophagie dans ce manifeste pour introduire l’idée de libération et d’assimilation simultanées. Le cannibalisme culturel d’aujourd’hui, permet-il toujours l’émancipation qui nous unifie politiquement, socialement et économiquement ?

Le sujet de la maison, de vie, d’un abri et de mouvement traverse plusieurs de ses œuvres. Le projet Invitation to Wanders, 2016 — où dans un immense hôtel abandonné dans la forêt brésilienne, l’artiste cherche une immersion dans un espace d’habitation dénudé à travers ses quatre actions : habiter, intervenir, situer, résonner. La série des actions Home Mark, 2018 – … est documentée par les photos, où avec la carcasse en forme grossière d’une petite maisonnette, il se promène dans les différents quartiers de Londres, Paris, Lisbonne et Hangzhou. À la fin de la promenade cette carcasse en toile coton blanc est enterrée avec soin dans un lieu calme et isolé. Enfin, dans Construire l’isolement ou offrir l’intimité, 2019, Gabriel Moraes Aquino crée un abri dans une galerie d’art. De manière schématique, il décrit ses actions, nécessaires à la survie : 

« J’ai construit une tente et j’y ai vécu. J’ai coupé du bois pour faire la structure. J’ai coupé mon doigt. J’ai prié. J’ai offert du thé, du champagne et des fruits à l’extérieur. J’ai fait un environnement confortable. J’ai joué de la musique. J’ai fait une sieste. J’ai essayé de ne pas laisser les gens entrer. Quand quelqu’un est entré par effraction chez moi, j’ai quitté l’endroit. »

Certaines de ces actions et la manière dont il les décrit font un clin d’œil aux gestes mineurs de l’artiste conceptuel tchèque Jiri Kovanda. On y retrouve la même simplicité, l’aspect volatile et patient, le déni de toute hiérarchie. La série Home Mark, entamée par l’artiste en 2018 paraît aujourd’hui particulièrement émouvante. C’est une maison métaphysique, que Gabriel Moraes Aquino promène avec soi — un domus libéré de toute présence physique, construit de ses pensées et son héritage, ses actions et responsabilités. Enfin, la maison n’était pas toujours une bâtisse, un château-fort, pour se couper de l’extérieur. Cette action suggère justement une plus grande ouverture à l’autre, tout en y recherchant l’harmonie des corps et des objets. Le mouvement, le voyage, l’errance seront encore possibles dans ce monde paralysé et surveillé.

Excuse me maitre de disguise
That mask looks like il a une faille
Fonte for a pair of eyes ou un
Truth is health

Tant de choses sont déconcertant dans ce monde,
Voulez vous un risk

(Am I a body)
O
(Do I have a body?)

Tant d’indices that say
Dos yeux – forward facing
Pouce – opposable
ears – sit on the sides
La langue
The tongue

Tous made de stardust

Siempre Tous les secondes

Every Ether
O
Source de santé
Bite-sized bout de quoi?

————————
Spotted dans l’anonimous darkened
Glistening ojos del inky viridescence

Dans l’avenir detrás
dentro si loin an immediate
Groan can be heard
Là-bas op het beton
hors de sight
Hors de champs

More frightened by the music in my head
Than the man in the corner
Night not be necessary
Presence probable . No noise

Passants never knowing the incorporation de l’ombre

Plusieurs phantoms are there
Te rodean but c’est vous
On top duquel s’ajoute what
Imagine the portrait de toi que toi
binaire clone caché montrer
You too surround you
Them too Eux Ou

———————

Nothing means anything until it’s observed

L’unique and the ultimate The One Zero
————————

When we sleep (outside slips in)
All is stored inside
When we wake inside escapes out

The green is close yet far
Underproduced
In it sur-surroundings

At the moment time is still
Maybe I’ve swollen to fill
Maybe the space has shrunk down to fit around like a glove
Around
The mouth the nose the eyes the contact points.

The 1 0 takes up more
We like to see it simply
How can they create complexe compositions
It’s impossible?
a synapse fires, one shot of electricity. To which part of the quoi?
Is that on or off, encore

Will a memory or many be rewritten
The difference is when I come up all zeros the information is deleted

Nº1・Février 2021